Nikemsi, objectif Paradis !

Le soleil se lève à l’est pour se coucher… à La Réunion ! C’est ce qu’on aurait tendance à penser lorsqu’on lit « La fuite » de Nicolas Deloffre (alias « Nikemsi ») ; un roman populaire narrant le quotidien désenchanté de jeunes Réunionnais se perdant dans la débauche entre les tours et le bistrot, la musique hip-hop et leur piètre condition d’esclave moderne.

La Fuite couv'

C’est une image prise sur le vif. Un cliché nature, sans fard ni artifice. C’est une photographie sur le monde qui nous opprime. Le genre d’introspection qui rappelle les meilleurs documentaires ou films populaires, ceux qui touchent au plus près de la réalité urbaine, comme par exemple « Raï » de Thomas Gilou.

Le récit autobiographique oscille entre lumières et ténèbres, coups de gueule et coups de cœur, vices et vertus, références littéraires et portraits détaillés sans demi-mesure. Le contraste est saisissant entre la lucidité du propos et certains comportements préjudiciables qui, sans les excuser, doivent être perçus comme une faiblesse. La narration y est le plus souvent rythmée, les phrases courtes fusent puis la cadence ralentit pour faire place à l’analyse de ces temps obscurs où les valeurs imprégnant notre société sont inversées. On sent que Nicolas a l’intelligence pour le comprendre -« Satan ne peut rien contre celui qui a la foi »- mais pas encore la volonté car pris par l’effet de groupe, le nombre, un contexte avilissant… C’était du temps d’avant sa conversion à l’islam. Une période de sa vie qu’il a certainement souhaité exorciser à travers cette « fuite ». Ainsi, « convertis-toi et le ciel t’aidera » pourrait être l’adage moral de l’histoire une fois le livre refermé.

Au fil des pages, Nicolas affirme ses avis tranchés. Il définit certains clivages importants : Dieu/Satan, tradition/anti-tradition et d’autres plus originaux : est/ouest. Doué de sens critique, Nikemsi a aussi ses cibles privilégiées comme le métissage forcé, le mondialisme, la franc-maçonnerie, la laïcité, la perte d’identité.

Dans « La fuite », la dégradation des mœurs se veut intergénérationnelle. Elle y est expliquée de manière subtile (pages 43 et 44). On y décèle notamment les ravages de cette laïcité qui a atteint les consciences, et pire encore : les cœurs. Une perversion maçonnique que l’auteur épingle avec raison car destructrice de valeurs, d’identité, de tradition, de saine spiritualité. L’alcool imbibe les pages autant que les principaux personnages de ce roman parsemé de dialogues en créole. Nicolas Deloffre écrira d’ailleurs dépité : « Du rhum et des sabres, voilà ce que les esclavagistes nous ont légué. On jongle avec dans un triste cirque », avant d’avouer que son « mode de vie est un suicide doux. » On fait avec ce qu’on a et on ne peut pas tout avoir. Nicolas l’a compris et se refuse à courir après l’inutile matérialisme qu’il oppose volontiers au salut spirituel.

Son pessimisme ne lui fait point perdre le sens de l’humour et encore moins celui de l’auto-dérision. Son exemple confirme qu’il est difficile et si éprouvant de progresser dans la foi. Surtout en ces temps troubles et propices à l’égarement, l’hédonisme, le matérialisme, le superficiel, la triple concupiscence. Dieu nous met en effet à l’épreuve. Le démon étant omniprésent, notre parcours est semé d’embûches, puisqu’il nous faut « entrer par la porte étroite ; car large est la porte, et spacieux le chemin qui mène à la perdition, et nombreux sont ceux qui entrent par elle ; car étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent. » (Matthieu 7:13-14) C’est cette porte étroite que garde à l’esprit Nicolas, malgré les turpitudes de son quotidien peu reluisant. Et c’est ainsi que de l’intelligence à la volonté, sa bonne conscience le conduisant à l’action, on se doute qu’il finira par franchir le cap menant à la rigueur de la foi.

On n’a aucunement envie de le blâmer, le Nicolas, dans cette descente aux enfers, mais plutôt de l’aider à se sortir de cette mauvaise passe. Tout homme sain d’esprit saura faire preuve d’empathie envers lui et ses camarades, un groupe de jeunes que l’auteur sait rendre attachants du haut de sa plume un tantinet célinienne.

Longuement attendue, la remise en question, sorte d’électrochoc salutaire, viendra d’une improbable rencontre auprès d’une vieille connaissance, lors d’une série de péripéties pour le moins abracadabrantes ; une sorte de voyage en enfer dont on devine l’issue salvatrice. Car au bout de ce labyrinthe de la mort, on espérera, on priera même pour lui afin que cette fuite mémorable débouche sur la rédemption, la vraie vie, et in fine le Paradis : l’objectif non avoué de ce roman tragi-comique servant de tremplin au pamphlet sociétal.

Johan Livernette le 27 octobre 2013

Cet article n’est autre que la préface de « La fuite » de Nicolas Deloffre, un livre en commande sur Alexipharmaque.net.


One response to “Nikemsi, objectif Paradis !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :