Saint Bernard, un modèle de pureté

Saint Bernard de Clairvaux fut un moine influent au XIIe siècle. Un modèle de pureté auquel la papauté a fait appel à plusieurs reprises. Saint Bernard est originaire de Bourgogne. Il y a d’ailleurs une place à son nom à Dijon. Son père, le bienheureux Tescelin, prend part à la première croisade en 1096. Il inculque à ses enfants l’esprit de justice, de chrétien de chevalerie. Tescelin et Aleth ont 7 enfants dont 6 garçons. Aleth (maman de Bernard) a le souci du baptême lors de chaque naissance. Elle souhaite que ses enfants deviennent prêtres. Bernard est son troisième fils. Sa mère montre l’exemple en menant une vie pieuse.

Physiquement maigre, aux yeux bleus, Bernard est un jeune homme timide qui étudie beaucoup. Il perd sa mère vers ses 17 ans. Il est, comme elle, proche des pauvres et généreux avec eux : « Comme vous, nous sommes des créatures de Dieu que son Fils a rachetés de son sang ; nous sommes donc vos frères. » Bernard est à présent un humble moine paysan, un cistercien fondateur d’abbayes. Telle est sa vocation. Saint Bernard est un meneur d’hommes, parfois violent. Il n’est pas un mou. Il entraîne avec lui ses frères et amis.

D’abord à Citeaux puis ailleurs, il va fonder d’autres abbayes. Bernard devient abbé (directeur d’abbaye) à l’âge de 25 ans à Clairvaux. Selon lui, un dirigeant doit être « mère par les caresses et père par la correction ». Bernard est plein d’amour dans le cœur. Quand il reçoit les parents d’un jeune homme, il leur dit : « Je serai un père et une mère pour votre fils ; et tous les moines d’ici, étant ses frères, ils seront vos fils. » Bernard est chez lui à Clairvaux, en directeur spirituel des âmes. Attiré par le silence et la contemplation, il prêche volontiers l’humilité mais aussi la charité dans ses sermons. Les cisterciens vivent dans cette charité, dans la pauvreté, le désintéressement, l’inconfort matériel et la mortification. En 1128, le concile réuni à Troyes fait appel à ses services. Nombre d’évêques lui demandent conseil. Saint Bernard s’interposa dans les désaccords entre la royauté (Louis VI) et l’Église (archevêque de Sens). À la mort du pape Honorius, il prend parti pour Innocent qui devint son successeur sur le Saint-Siège. Bernard continue par la suite à soutenir ce pape. Il suscite l’enthousiasme populaire, notamment en Italie. Acclamé, il soigne des malades et accomplit des prouesses. Il continue de soutenir le pape Innocent qui fut chassé de Rome par Anaclet. Mais saint Bernard refuse les honneurs. Ce n’est pas un orgueilleux. Son apostolat se poursuit en Italie où il fonde un second Clairvaux près de Milan. Avant d’être le pape Eugène III, Paganelli fut un cistercien auprès de saint Bernard dont la santé est difficile. Très touché par le décès de son frère Gérard, il s’effondre en larmes en plein sermon. Ce qui en dit long sur sa sensibilité. Bernard est l’un des premiers à appeler la très sainte Vierge Marie « Notre Dame ». C’est à son époque qu’est ajouté au Salve Regina : « O clemens, o pia, o dulcis virgo Maria ». Saint Bernard la considère comme une médiatrice de toute grâce. Elle est selon lui « l’aqueduc par lequel toutes les eaux du ciel (grâces) viennent en nous. » Il l’appelle aussi « l’étoile ».

En 1140, l’évêque de Paris demande à Bernard de réfuter les hérésies de Pierre Abélard. Ce qu’il fait en 17 points. Un concile est alors convoqué et il condamne Abélard. Dans la foulée, le roi Louis VII propose à Bernard d’être archevêque de Reims mais le saint refuse par humilité. Il préfère guérir les péchés des autres, notamment des enfants, par sa charité, sa douceur vertueuse. En 1141, il s’oppose à présent à Louis VII qui, loin d’être Louis IX, s’approprie ce qui relève de l’autorité de l’Église : les sacrements. Bernard le lui reproche. Il a des mots durs mais justes envers son roi. Il s’opère finalement une réconciliation entre les 2 parties. Ayant succédé à Innocent, le pape Célestin décède. Puis Lucius meurt aussi. C’est désormais le cistercien Paganelli qui devient pape et prend le nom d’Eugène III, lui qui avait été fait abbé des 3 fontaines par saint Bernard. C’est une grande victoire pour Clairvaux qui voit un des siens s’élever tout en haut de l’Église romaine. Mais Bernard n’en tire aucune gloire personnelle. Quand le pape Eugène III dirige Rome, c’est un peu comme si saint Bernard la dirige avec lui ou autant que lui. Eugène III sera par la suite béatifié. Il continue à suivre les conseils de Bernard, à garder son âme de moine, malgré son statut. Saint Bernard réalise de nouveaux miracles, comme à Toulouse où un paralysé des 2 jambes est guéri de sa maladie. Il guérit aussi des malades à Sarlat, tout en s’efforçant de combattre l’hérésie qui deviendra plus tard l’hérésie albigeoise.

La place Saint Bernard à Dijon

L’apostolat, le dévouement charitable, l’œuvre de saint Bernard connaissent un grand succès. Il prend à présent la défense du pape Eugène III face à l’hostilité populaire. Saint Bernard a alors la réputation d’un grand saint qui aura marqué son siècle. Vient la seconde croisade en 1144. Saint Bernard y est nommé prédicateur officiel par la papauté. Les croisés sont séduits. Ils se multiplient. Partout, saint Bernard soulève les foules. Il parvient à convaincre l’empereur allemand Conrad III de se joindre à Louis VII en croisade. Le saint de Clairvaux ramène énormément de croisés de l’Europe entière. Malgré leur comportement déplorable et usurier, saint Bernard dit que « ni les anges ni les vrais apôtres n’approuvent le meurtre des juifs. L’Église prie au contraire pour leur conversion. » Il considère la croisade comme une œuvre chrétienne de charité. Mais les chefs d’État français et allemand en font une affaire personnelle. La croisade d’Orient est par conséquent un échec. Saint Bernard œuvre plusieurs fois à la réconciliation entre monarques ou entre papauté et royauté. Il œuvre fondamentalement à l’unité de la chrétienté. À 60 ans, il est toujours aussi maigre et en mauvaise santé. À tel point qu’il tient à peine debout. Mais il poursuit tout de même sa mission pour le Christ. D’autres monastères se sont fondés quand Bernard pacifie la relation entre Louis VII et l’évêque de Beauvais. En juillet 1153, le pape Eugène III décède. Le mois suivant, le 20 août, c’est au tour de Bernard de mourir à l’âge de 62 ans. Ne mangeant plus, il s’était laissé mourir peu à peu… pour aller à Dieu. Auparavant, il avait affirmé : « J’ai eu moins de confiance en moi que dans les autres. Je ne me suis jamais vengé du mal qu’on m’a fait. Je n’ai voulu scandaliser personne, et si cela m’est arrivé, j’ai fait de mon mieux pour y remédier. »

Bernard fut rapidement canonisé par le pape Alexandre III à Rome en 1174. Au siècle suivant, le pape Innocent III l’appelle le « Docteur insigne ». Puis en 1830, Pie VIII le proclame « Docteur de l’Église ». Thomas a Kempis s’inspira de ses écrits dans « L’imitation de Jésus-Christ ». Saint Bernard fut un grand homme de son époque (XIIe siècle), qui prépara l’âge d’or de la civilisation chrétienne (XIIIe siècle).

Johan Livernette le 20 août 2019


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